Le Théâtre du Tiroir
« Un théâtre ancré dans son territoire,
ouvert à toutes les formes de la parole vivante. »
Fondée en 1987 dans les murs d'une ancienne caserne désaffectée de Laval, le Théâtre du Tiroir crée, joue et diffuse des spectacles vivants depuis près de quarante ans. Théâtre, contes, poésie et conférences — chaque projet est une invitation à habiter autrement le monde.
Les origines
Trois comédiens créent la compagnie dans la Caserne Corbineau de Laval, un espace brut et chargé d'histoire qui devient leur premier terrain de jeu. Cette naissance dans un lieu hors-normes forge l'identité de la troupe : un théâtre qui sort des sentiers battus, ancré dans son territoire, ouvert à toutes les formes de la parole vivante.
Notre démarche
La compagnie produit et diffuse des créations en Pays de la Loire et au-delà. Chaque spectacle est une invitation à habiter autrement le monde : contes traditionnels ou contemporains, poésie en scène, théâtre documentaire, conférences-spectacles. Nous croyons que la scène est un espace de dialogue entre les artistes et ceux qui les regardent.
Ce que nous faisons
Théâtre
Créations originales et adaptations, du théâtre citoyen au répertoire classique.
Contes
La tradition orale réinventée, du conte de Palestine aux récits du monde entier.
Poésie
La langue poétique mise en corps et en voix, des classiques aux contemporains.
Conférences
Rencontres, débats et conférences-spectacles autour de sujets qui comptent.
Histoire de la compagnie
Fondé en 1987 à Laval, le Théâtre du Tiroir trace depuis plus de trois décennies un chemin singulier entre conte, poésie et théâtre. Voici les grandes étapes de cette aventure.
L'AUGMENTATION de Georges PÉREC
En 1986, dans le cadre d'un nouvel atelier ouvert au Lycée Henri Rousseau de Laval à l'initiative de Mme Dany Porché, Jean-Luc BANSARD met en scène l'AUGMENTATION de Georges Pérec. 6 filles portent les rôles des secrétaires qui s'interrogent sur la meilleur manière de demander de l'augmentation à leur patron. 6 clowns sont le servants de scène pour la manipulation des objets, du décors et des accessoires. Cette belle équipe va remporter le premier prix du FESTIVAL NATIONAL DE THÉÂTRE AMATEUR à CHOLET. Va suivre une tournée dans la Mayenne, jusqu'au festival d'Avignon en passant par le festival Vents et Marées de Noirmoutrier, le festival d'été du Québec et un accueil triomphale dans les salles UCAM àMontréal et le centre culturel Laval/Québec.
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Un comédien ouvrier
Article paru dans Histoires Ordinaires.fr par Michel Rouget. À Laval vit un drôle de comédien, Jean-Luc Bansard. Dans son petit Théâtre du Tiroir, ce fils du peuple ami des peuples fait monter sur scène, les drames, les beautés, le théâtre du monde quand il ne file pas lui-même à Moscou, Ramallah ou Tlemcen retrouver ses poètes. En effet, ainsi que le dit le fameux proverbe qu'il a inventé, « Qui a un poète dans sa sacoche ne perd pas caboche ! » Caboche. La sienne est d'un sacré métal ! Un peu comme celui qui résonne aux Chantiers Navals de Saint-Nazaire où le fils d'épiciers de campagne, à peine devenu instituteur, s'avisa un jour de rentrer. Soudeur, électricien, tuyauteur..., quatre ans ouvrier il resta. De l'humain en barres. Là où, depuis toujours, il s'approvisionne : « La matière première du théâtre, c'est l'humanité profonde », confie-t-il en posant son plateau-repas au foyer des jeunes travailleurs. Mais cette humanité profonde, l'ouvrier la cherchait aussi dans les étoiles. « Il n'y avait pas de livres à la maison, poursuit-il, j'ai commencé à lire à partir de 18-19 ans : quand j'ai découvert la littérature, j'ai eu un appétit vorace. » La littérature a été sa «« première grande découverte ». La seconde a suivi : « Le voyage : j'ai toujours eu envie de rencontrer les gens, rencontrer les cultures du monde. » Dans un squat puis une chapelle Avec tout ça, à partir de 1980, à l'approche de ses 30 ans, le scénario de sa destinée peu à peu se met en place. Passionné depuis toujours par les planches, il entame en amateur puis en semi-professionnel, avec ses deux comparses Martine Libot et Brigitte Prévost, une relation de plus en plus suivie avec la scène. Et, en 1987, le déclic survient. À l'été, une tournée réussie au Québec encourage le trio : en novembre, naît « Le Théâtre du Tiroir des affabulations ». Le nom s'inspire de la phrase de Jacques Prévert : « Il est grand temps d'ouvrir le tiroir des affabulations, celui qui est sous la chaise. » Le poète Blaise Cendrars est le premier à entrer en scène à partir des contes qu'il a ramenés d'Afrique : Jean-Luc Bansard crée le spectacle « Petits contes nègres pour les petits enfants blancs ». Le tiroir des affabulations, depuis, ne s'est jamais refermé. A commencé au contraire une épopée lavalloise, nourrie de victoires quotidiennes et de quelques hauts faits. En octobre 1990, Jean-Luc Bansard force l'entrée d'une caserne désaffectée dans le centre de la ville, squatte la salle des fours de la boulangerie et crée un espace permanent de 60 places... Il tiendra jusqu'à la destruction de la caserne. En 1995, grâce à une pétition, le Théâtre emménage dans une ancienne chapelle, rue Jean Macé. Le nègre, le palestinien, le juif... Il s'y trouve toujours. Au début de l'été 2013, il a pu ainsi fêter ses 25 ans. Huit jours de spectacles rue Jean Macé, sous un chapiteau, mais aussi avec et chez les habitants du quartier. Vingt représentations, 55 artistes français et étrangers sur les 164 ayant travaillé à ce jour avec le Théâtre du Tiroir. Des comédiens, musiciens, acrobates, etc. Venus de Russie, Georgie, Palestine, Algérie, Haïti, Congo, Inde... Des handicapés aussi, des poètes sourds : Jean-Luc Bansard ne connaît aucune frontière. Avec tous, il « rentre par la porte des grands auteurs ; chaque culture a découvert un grand poète. Avec Aimé Césaire, c'est ma manière d'être un nègre, ma négritude. » Il a beaucoup cheminé avec le grand poète palestinien Mahmoud Darwich, « le poète de l'exil » qu'il a rencontré à Ramallah en juillet 2005. Il a une relation forte avec la Palestine, pays colonisé, sans toit, transpercé de murs en béton ou symboliques. Maints spectacles, maintes collaborations en Cisjordanie ou en France témoignent de cette relation particulière mais Jean-Luc Bansard « ne veut pas être borgne ». Avec Amit Weisberger qui lui « apporte la culture israélienne juive, non sioniste », il a monté en 2010 « Shlemiel ou la sagesse des fous », des contes yiddish de Pologne : « Après plus de 120 représentations des Contes humoristiques de Palestine, dit-il, j'ai voulu faire connaître l'humour du peuple juif qui, malgré les chasses à l'homme, les déportations, les massacres, a toujours fait preuve de ce qu'on appelle naïvement "l'humour juif." » Un spectacle Pouchkine devant des Russes L'autre grande relation, sans doute, est la Russie. Un jour de 1993, il croise la comédienne spécialiste de la voix Nika Kossenkova : « À chaque fois, souligne-t-il, c'est une rencontre humaine qui décide d'un voyage théâtral. » Il travaille alors sur Tchekhov. « C'est Pouchkine qu'il te faut », lui dit-elle. Il part un mois à Rouza, une petite ville à 90 km de Moscou. Nika fait la mise en scène. Et il joue Pouchkine, là-bas, devant les Russes ! Un Pouchkine en français mais donnant par le geste toute sa mesure. Dix ans plus tard, en avril 2013, « Histoires malicieuses de Monsieur Pouchkine » a été primé à Moscou et c'est là-bas que Jean-Luc Bansard, qui a pris aussi sous son aile l'artiste russe exilé Yvan Golovin, a entamé la saison 2013 - 2014. Gilgamesh et l'Odyssée Autant que de l'espace, l'artiste de Laval se joue du temps. Jeune, il a découvert « avec voracité les textes fondateurs de la littérature ». En 2009, il monte « L'épopée de Gilgamesh », le grand texte babylonien, le plus ancien de l'humanité. En 2012, c'est « Ulysse ou les chants du retour ». « Chez Homère, dit-il, il y a toutes les grandes questions philosophiques. » Il a commandé à un philosophe un travail sur l'apport d'Homère dans la société moderne. De Gilgamesh et de l'Odyssée, il a fait un dyptique. Toujours en voyage, Jean-Luc Bansard a abordé aussi les rives du silence, la culture sourde et sa langue des signes, avec des comédiens malentendants : « Quand je leur ai amené Homère, ils ont creusé Homère comme moi j'ai creusé Homère pour le mettre en scène. » En 2012, c'est devenu au théâtre « le pays du silence ». Comme il n'y a pas, chez lui, de voyage sans partage, il a gardée intacte, à 61 ans, l'énergie de transmettre. Seul ou avec des collègues, il n'a jamais cessé, en France et à l'étranger, de former, d'animer des ateliers, de donner, à des adultes, des lycéens, des petits. Ce matin, il faisait encore répéter des enfants sur la scène de son théâtre. Ouvrier parmi les siens Et que tous le sachent : « Qui a un poète dans sa sacoche ne perd pas caboche ! » Tout Jean-Luc Bansard est peut-être dans ce proverbe de son invention. L'artiste goûte aussi la gouaille. Le fou de Dario Fo et Jean Genêt invite régulièrement les Jehan-Rictus et Gaston Couté à son festival « Poètes en caboche », une autre création entre les dizaines que l'on peut retrouver dans la malle à spectacles et le carton à souvenirs du site du théâtre. Le comédien voyageur reste un ouvrier, il n'a jamais quitté les siens. Le Théâtre du Tiroir est un théâtre de quartier et son directeur, toujours en panne d'argent, transporte volontiers ses tréteaux chez l'habitant, dans une grange de campagne et autres lieux improbables. Parce que tout simplement, « le théâtre populaire donne du sens à la vie ». Michel Rouger (Photos de spectacles : Théâtre du Tiroir)
Lire la suiteLES SUPPLIANTES d'ESCHYLE ( -500ans avant J.C.)
Article paru dans Hostoiresordinaires.fr. par Michel Rouger A Laval, des réfugiés interprètent « Les Suppliantes », leur histoire Le drame des réfugiés est aussi ancien que l'humanité. « Les Suppliantes », la tragédie grecque écrite il y a 2 500 ans par Eschyle, est ainsi d'une modernité criante. A Laval, le comédien Jean-Luc Bansard a réuni des réfugiés pour la jouer. Bouleversant pour eux et pour nous. Jean-Luc Bansard est bien connu des lecteurs d'Histoires Ordinaires. En montant « Les Suppliantes » d'Eschyle avec des réfugiés, le comédien ouvrier, à la tête du Théâtre du Tiroir à Laval, reste plus que jamais un passeur dans le théâtre du monde. En 2015, alors que les réfugiés affluent en Europe, il s'implique aussitôt avec les armes de l'homme de théâtre. "Les Suppliantes" lui saute à l'esprit : la tragédie d'Eschyle, ces femmes fuyant l'Egypte, échouant sur les côtes grecques, c'est leur histoire. Et ils iront eux-mêmes la partager sur scène. Il lance un "chantier citoyen" (voir la vidéo ci-contre : "Pourquoi Les Suppliantes ?") En septembre, il part à la recherche de sa troupe dans les associations soutenant les migrants : France Terre d'Asile, le Secours Catholique… Peu à peu, il en regroupera une quinzaine venant de neuf pays différents : Syrie, Erythrée, Mongolie, Kosovo, Albanie, Guinée, Algérie, Tunisie, Afghanistan, Afrique centrale… Au fil des répétitions, les chiffres varieront : chez les réfugiés, les journées sont fragiles, comme les vies. Walid le Syrien : « En quelque sorte, Eschyle a prévu que Daech arriverait » En septembre, Walid venait juste d'arriver de Syrie, accueilli avec sa femme et sa fille par un couple d'amis. Jean-Luc Bansard lui a confié le rôle de Danaos, le père des Suppliantes. Walid, le prof de français, le chrétien de Qal`at al-Madhīq, dans l'ouest de la Syrie, célèbre par les ruines antiques d' Apamée, a souvent le cœur qui déborde ; plus d'une fois, pendant les répétitions, sa voix a chancelé. « Je suis venu pour sauver ma femme, menacée par l'État islamique », explique-t-il. « C'est la première fois, ajoute-t-il, que je fais du théâtre, ça exprime vraiment ce que nous ressentons. En quelque sorte, Eschyle a prévu que Daech arriverait. » Dans la vie comme à la scène, difficile de prévoir l'avenir. Son fils est resté là-bas à Damas et il espère bien qu'ils se retrouveront tous ensemble un jour au pays : « C'est nous qui devrons reconstruire la Syrie. » Malek, l'Algérien : « Quand je viens, la vérité, je suis soulagé » Malek, lui, faisait de l'alphabétisation au Secours Catholique quand Jean-Luc Bansard est passé à la recherche d'acteurs. « "C'est une histoire comme la vôtre" a-t-il dit ». Originaire de Sétif, en Algérie, Malek était encore plus éloigné du théâtre : il était policier, membre de la brigade spéciale anti-terroriste. Dans les années noires du terrorisme, sa patrouille a été prise dans une embuscade, la voiture a sauté sur une bombe, il souffre toujours du dos. Quand il a quitté la police en 2012, on avait perdu son dossier. Le voilà à Laval. « J'aime travailler avec Jean-Luc, dit-il, il a une mentalité internationale. » Bien que tout-à-fait à l'aise en français, il parle arabe dans la pièce : la musique des Suppliantes, c'est aussi la demi-douzaine de langues des réfugiés. « Dans ma situation, parfois je suis démoralisé, ajoute Malek, mais quand je viens, la vérité, je suis soulagé, cette pièce m'a donné l'espoir dans la vie. » Une trentaine d'acteurs réfugiés et lavallois Ce soir-là, à quatre jours de la première, les réfugiés étaient en filage (sur la vidéo ci-contre, un filage précédent). Avec les comédiens lavallois amateurs qui les accompagnent (la pièce réunit quelque trente acteurs au total), Walid, Malek, Odko, venue de Mongolie avec son mari Eegii, Vera et Pranvera les Albanaises, Zérit l'Érythréen, Elezi et Nuredini les Kosovars et tous les autres ont commencé à s'échauffer corps et voix. Ensuite, le chœur des femmes s'est formé, le silence s'est fait, le chant de la tragédie grecque a alors empli la scène. Superbe chant créé par le musicien de la compagnie, Olivier Messager, parvenu à fondre dans une même couleur des parlers différents. Par la voix des Suppliantes, de Danaos et du Prince d'Argos, les réfugiés de Laval racontent « l'exil effréné par delà les dangers de la mer », relayent la lutte des Egyptiennes du temps jadis pour leur liberté, vibrent pour la démocratie et pour la rencontre entre les peuples. Depuis le 11 juin, un chant de fraternité se fait entendre ainsi en Mayenne. La troupe réunie par Jean-Luc Bansard va se produire de nouveau le 20 juin à Château-Gontier puis reviendra en septembre sur les scènes du département et, on peut l'espérer, au-delà. Michel Rouger (Photos : Bernard Louvel)
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